Les raisons d'une défaite.
Depuis, 1984 que ça n’était pas arrivé : l’Angleterre ne participera pas à l'Euro 2008 en Suisse et en Autriche, un véritable cataclysme dans le football Européen. Alors qu’ils avaient récupéré leur destin grâce à une défaite deux buts à un de la Russie face à Israël, hier soir, les anglais se sont inclinés face à la Croatie, à Wembley, sur le score de trois buts à deux tandis que les Russes ont assuré l’essentiel en gagnant un à zéro face à Andorre. On a donc assisté à une "horreur technique" selon les journaux anglais qui se sont véritablement déchaînés suite à la non qualification de leur équipe, n’épargnant personne, du sélectionneur, en passant par les joueurs… Les seules personnes ayant surnagé dans ce match n’ont pas fait la fine bouche et sont vites rentrées au vestiaire, histoire de ne pas aller envenimer les choses.
Si les raisons de la défaite d’un pays sont nombreuses et connues, va-t-on pour autant les prendre compte en vue de la qualification pour le prochain mondial ?
Le parcours de l'AngleterreTout d’abord le parcours de l’Angleterre dans ces éliminatoires. L’équipe est 3ème de son groupe, avec 23 points, devant eux, la Russie et la Croatie ont respectivement un et… six points d’avance sur l’équipe dirigée pour encore au moins quelques heures par Steve McClaren. Pourquoi un tel écart et quels sont les raisons de cet échec ?
L’importance des gros matchs a énormément pesé sur le résultat final : au niveau du jeu, les six points d’écart avec la Croatie semblent justifiés. On peut tout de même s’apercevoir que cette différence s’est surtout faite à cause des deux confrontations entre la Croatie et l’Angleterre. Sur deux matchs, deux victoires des Croates, dont celle d’hier soir : la bête noire des Anglais donc dans ces qualifications. Une autre défaite semble avoir scellé le sort des anglais, celle contre la Russie le mois dernier. Malgré tout, n’y a-t-il pas une autre explication du point de vue strictement comptable ? En effet, deux matchs nuls ont tout fait basculer, face à l’équipe d’Israël, mais surtout, celui contre la Macédoine, devant leur public de Manchester que l'on peut qualifier de match de la honte.
Si d’autres équipes, aujourd’hui qualifiées ont aussi perdu face à des équipes de moyen plan comme l’Espagne, longtemps en concurrence avec l’Irlande du Nord et la Suède ou bien la France, avec ses deux défaites face à l’Ecosse, on a vu une grosse différence pour ce qui concerne la gestion des matchs face à de modestes équipes.
Le bilan des joueursLes énormes déceptions de ces qualifications sont certainement incarnées par Rooney et Lampard, le premier, auteur de deux malheureux buts dans cette compétition, n’a jamais été aussi mauvais en sélection, Lampard, pas du tout décisif et peu à l’aise avec Gerrard, n’a jamais montré tout l’étendu de son talent qui est pourtant particulièrement visible en club. Malgré tout quelques satisfactions sont bien présentes, en premier lieu, Crouch, qui s’est sans conteste imposé en sélection, même s’il est moins brillant en club ainsi que Micheal Owen qui a su profiter de son peu de temps de jeu pour donner des buts qui auraient dû être décisifs à l’Angleterre comme contre la Russie à Wembley en septembre dernier puisqu’il a signé ce soir là un doublé. Ils ont marqué respectivement cinq et quatre buts. Gerrard semble aussi prendre l’ascendant sur Lampard, un des candidats au ballon d’or qui a vu plusieurs tactiques se succéder sans que sa place ne soit vraiment remise en question. Mieux, il est l’auteur de 3 buts.
Néanmoins, les déceptions sont plus présentes, à l'image du poste de gardien de but. Le poste semble ne toujours pas avoir pris preneur, malgré tout, Robinson de Tottenham semble surnager, même si ses performances ne sont pas celles d'un grand gardien.
Le poste de latéral droit semble être mis en concurence sérieuse, même si le jeune Micah Richards semble être le mieux place pour devenir le titulaire à se poste, lui qui joue plutôt dans l'axe à Manchester City.
Les latéraux enfin, n'ont jamais été très brillants, à l'image de Wright Phillips qui subit les conséquences de son temps de jeu à Chelsea et Joe Cole qui après de longues blessures et des interrogations semble bafouiller son football.
Une absence remarquée et une autre à remarquer.On pourra certainement émettre ou non le souhait de voir Terry revenir rapidement sur les terrains pour Chelsea mais personne ne peut ne pas souhaiter le revoir très rapidement dans l’équipe nationale. Véritablement homme incontestable de sa sélection et de son club, son absence lors des derniers matchs qualificatifs de l’Euro 2008 s’est fait remarquer. On pourra ajouter à cela Owen Hargreaves, longtemps blessé ainsi que Micheal Owen.
Malgré tout, s’il y a quelqu’un que l’on peut regretter aujourd’hui, c’est bien Paul Scholes. Le Mancunien a terriblement manqué à la sélection, lui qui, après sa longue blessure à l’œil n’a pas voulu revenir en sélection. Or, il n’est pas possible de ne pas se rappeler du cas de Zinedine Zidane, retraité international après l’euro 2004 et qui est finalement revenu en sélection en 2005 pour propulser la France en coupe du monde puis en finale. Sans lui, il n’y avait pas d’âme en équipe de France et grâce à lui, on a pu voir une véritable âme au sein de cet équipe qui perdure aujourd'hui, et ce, un an et demi après son départ à la retraite.
Auteur d’une très bonne saison dans son club, rappelé par le sélectionneur, Paul Scholes il n’a finalement pas répondu à l’appel de la sélection et aujourd’hui, à trente trois ans, il ne réaparaitra certainement plus sous les couleurs anglaises après ses 66 sélections. Le rouquin de Manchester aurait été un grand renfort mais il a préféré choisir son club plutôt que sa carrière internationale, un choix à respecter.
Quel avenir ?Un futur limogeage de McClaren ? Après avoir remplacé le suédois Sven-Goran Eriksson à la tête de l’équipe nationale, Steve McClaren a toujours déclaré qu’il voulait être « jugé » après les douze matchs de qualification. Son bilan est il totalement mauvais ? Non bien entendu, il a su mener l’équipe nationale vers de beaux succès comme face à la Russie ou à Israël, mais c’est bien tout ce qui peut être retenu comme positif aujourd’hui. Les autres résultats sont accablants, au-delà des défaites conte la Croatie et la Russie, c’est bien deux matchs nul contre Israël et la Macédoine que le sélectionneur a à son actif. A-t-il donc l’étoffe d’un grand sélectionneur ? On peut en douter puisqu’il n’y a pas eu pire au niveau des résultats et dans le jeu depuis de nombreuses années au sein de la sélection anglaise. Le pays qui a crée le football et qui aujourd’hui a perdu toute valeur footballistique. A domicile ou a l’extérieur, malgré un stade de Wembley enfin retrouvé, rien n’a changé pour l’Angleterre puisque les mauvais résultats ne font pas la différence entre un match chez soi ou chez les voisins. De plus, il n’a pas réussi a faire revenir Paul Scholes en sélection cumulés à ses échecs sur le plan du jeu, ses choix critiquables et son peu de courage face au cas Lampard – Gerrard vont lui coûter très cher.
Quid de Bekcham, dont la participation à la prochaine Coupe du Monde semble compromise. Avec son âge plutôt avancé et son éloignement avec l’europe, il semble qu’il ne soit plus assez compétitif pour rester en sélection. N’en déplaise à ses admirateurs, mais son entraînement programmé avec Arsenal ne servira donc pas à grand-chose puisque l’Angleterre disputera quelques matchs amicaux, sans aucun intérêt…
Les centres de formation mis en cause.La mise en garde a pourtant été faite, les clubs anglais sont peut-être les meilleurs au monde, mais l’argent ne fait pas le bonheur de la sélection. Si l’on regarde l’effectif d’Arsenal, cas particulier de la Premier League puique dirigé par un français et actuellement, meilleure équipe du championnat, on remarque qu’il n’y a aucun anglais qui ne se soit installé dans l’effectif de façon durable comme titulaire indiscutable et donc, aucun dans l’équipe nationale, bien entendu. Le trop tendre Theo Walcott et autres Justin Hoyte en sont certainement conscient. Prenons le cas de Chelsea à présent où l’argent ne manque pas. On remarque le plus d’intérêt pour les joueurs anglais, qui sont, pour la plupart des internationaux comme Wayne Bridge, Ashley Cole, John Terry, Franck Lampard et Shaun Wright Phillips… Néanmoins, peut-on être sûr de la réussite des jeunes de ce club et des clubs anglais en général ? Si d’importants moyens ne sont pas mis en place pour recruter des jeunes venus de petits clubs anglais plutôt que d’aller en chercher d’autres dans des pays éloignés, alors le problème va très certainement perdurer. L’équipe nationale perdra donc de la vitesse et son poids deviendra infime. Peut-être un problème de mondialisation et de gros sous cumulés : on atteint vite les limites de ce système car aujourd’hui, si l’on regarde bien les grosses écuries d’Angleterre, qui peut prétendre avoir des jeunes plus talentueux que les autres équipes d’Europe ? Certainement pas l’Angleterre, en témoigne une défaite cinq buts à zéro, chez eux, à Wembley l'an passé.
De grosses décisions seront donc à prendre dans les mois à venir au sein du football anglais. L'avenir de nombreuses personnes est aujourd'hui mis en pointillés et si tout reste dans l'état actuel des choses, cela ne fera qu'empirer.
Quel sera le prochain homme fort de l'Angleterre qui leur permettra de retrouver leur niveau d'antan? Un homme du pays ou bien devra t-on se tourner à nouveau vers l'étranger? Un système complètement remis en cause donc.